70 ans d'histoire du groupe espérantiste de Verviers

Le Groupe espérantiste de Verviers [Esperantista Grupo de Verviers] a été fondé en 1906 (des statuts dateraient de 1908) et avait son siège chez Harold E. PALMER, place Verte 20. Comme professeur, ce premier «secrétaire général» de la «Société Espérantiste de Verviers» [Esperantista Societo Verviers] était l’auteur d’une méthode d’apprentissage de l’Espéranto parue chez un éditeur bien connu des espérantistes belges: A. J. WITTERYCK-DELPLACE (Bruges). Une première anonce publicitaire parut dans «unelangue internationale» [Lingvo Internacia]. La revue «Temps Jadis» confirme la présence d’espérantistes à Verviers en 1906. Au 30 juin 1907, le comité du groupe se composait de E. MATHIEU, rue de la Montagne 45 (professeur), Harold E. PALMER (secrétaire), et G. LANGE, d’Ensival. Membres : Mesdames Jeanne XHOFFER, Jeanne FLORENCE, Messieurs DELBASCOUR et Joseph PIRNAY. En août-septembre 1908, le groupe participe à une «Exposition des Arts et Métiers» organisée par la ville de Verviers: il présente divers textes, documents, photographies et marchandises frappées d’un signe espérantiste. Le secrétariat de l’exposition se trouvait rue Xhavée 9, chez Joseph PIRNAY... L’espéranto n’existait alors que depuis 19 ans. Il avait été créé en 1887 à Varsovie par un médecin oculiste polonais: Louis-Lazare ZAMENHOF. Celui-ci a fait connaître son projet en diffusant une petite brochure d’une quarantaine de pages, dont la préface occupe les trois quarts et la «grammaire complète» le dernier huitième. En 1888, il publie dans un premier annuaire, les adresses d’un premier millier de partisans... Pendant les dix premières années, l’espéranto se répandra surtout par correspondance. De 1898 à 1900, de nombreux cours publics s’ouvrent avec un succès certain dans des villes du sud de la France, en Belgique, en Russie, et même au Brésil. Le premier cours d’espéranto de Belgique a sans doute été donné à Bruxelles en janvier 1898. Les anciens élèves de ce cours devaient très rapidement enseigner l’espéranto, d’abord à Gilly , en mars 1898, puis à Spa, en avril de la même année. Le professeur était un certain Ch. HAULT, comme en témoignent les articles de RANE GYRENE dans «Le Soir» et de DE BEAUFRONT, dans «L’Espérantiste». Peut-être trouve-t-on les premiers espérantistes verviétois parmi les anciens élèves de ces cours...

Au 7ème Congrès Universel d’Espéranto qui eut lieu à Anvers en août 1911, qui réunit 1800 participants dont 137 Belges, on trouve, pour la première fois, 3 Verviétois: Julien HERLA, bibliothécaire au Palais de Justice ; Joseph PAROTTE, commerçant, et Mme. PAROTTE. Un détail intéressant à noter est que, parmi les membres du Comité d’honneur de ce Congrès Universel d’Espéranto d’Anvers en 1911, on compte un certain Jules SPINHAYER, échevin des Travaux publics de la Ville de Verviers, qui deviendra plus tard bourgmestre. On voit donc que, déjà à cette époque, certains édiles communaux s’intéressaient à l’Espéranto. Pour 1913-1914, on découvre déjà dans l’annuaire mondial espérantiste [Tutmonda Jarlibro Esperantista] deux groupes espérantistes à Verviers! «L’étoile Verte» [La Verda Stelo] avait pour président Joseph PIRNAY (rue Xhavée 9) et pour secrétaire A. LANTHOIN (rue Raymond), tandis que son siège était place Sommeleville 73. Le second groupe espérantiste (Esp. Grupo) avait son siège... rue Xhavée 9, avait pour secrétaire Julien HERLA (rue Rogier 32), et était présidé par un ex-commerçant du nom de Fritz ROMMEL (rue de Bruxelles 87), également mentionné comme «délégué», mais il ne s’agissait vraisemblablement pas du père du futur Maréchal ROMMEL (la famille ROMMEL retournera en Allemagne en 1914). La première guerre mondiale a porté un coup très dur au mouvement espérantiste (Zamenhof est d’ailleurs mort en 1917) ; en effet la guerre est la négation même des principes idéaux qui guident les espérantistes. Néanmoins en 1919, le Groupe espérantiste verviétois renaît avec Joseph PIRNAY-DEMEZ, Joseph HERION et les époux PAROTTE déjà rencontrés en 1911. Les réunions se tiennent tous les lundis à 20h. chez les PAROTTE, rue Haute 13 à Verviers.

En 1920, des cours d’espéranto se donnent avec comme élèves (entre autres) Henri DOHOGNE, cousin d’Alexis DOHOGNE, et Mathieu SCHNITZLER. En 1922, s’ajoutent d’autres espérantistes: Marcel ROTH, d’Andrimont ; Gaspard BLAUSE de Dison ; Iwan DELHEZ de Hodimont, alors commune distincte de Verviers, Gérard BORCKMANS à Spa. Les réunions du Groupe espérantiste de Verviers se tiennent maintenant à l’Université populaire, à «La Mutuelle», rue Tranchée (maintenant rue Peltzer de Clermont) tous les jeudis à 20h. Les chevilles ouvrières en sont toujours Joseph PIRNAY-DEMEZ qui écrit en wallon et traduit ses oeuvres en espéranto pour les réunions du groupe, ainsi que M. PIRON et Joseph HERION. En 1922-23, Mathieu SCHNITZLER quitte le Groupe espérantiste verviétois pour, à l’appel du Comité local d’éducation ouvrière, ouvrir un cours d’espéranto à la Maison du Peuple à Verviers : les élèves en sont notamment Pierre GRIGNARD, Henri LIVET, Marcel VIEILLEVOIE, Léonard LENTZEN. Ces élèves vont se perfectionner et fonder, à nouveau, un deuxième groupe espérantiste à Verviers, le Laborista Esperantista Grupo [Groupe espérantiste ouvrier] de tendance politique de gauche et qui va faire concurrence, tout en maintenant de bonnes relations, au Groupe espérantiste verviétois qui, lui, est neutre. En 1923-24, les cours d’espéranto donné à la Salle de la Semeuse, de la maison du Peuple de Verviers, est suivi, entre autres, par Alexis DOHOGNE, futur bourgmestre de Cornesse, figure bien connue dans la région verviétoise. En janvier 1924, tandis qu’Alexis DOHOGNE donne déjà des cours à la Maison du Peuple le samedi soir, Pierre GRIGNARD en donne le dimanche matin de 10 h. à 12 h., d’abord rue de Stembert, à l’Ecole d’Application, puis à la Maison de la Fédération du Peigné, Place du Marché : 8 élèves sur 10 termineront le cours, dont Toussaint DEMARCHE qui allait devenir trésorier du Groupe espérantiste de Verviers. Malgré cette «sécession», le Groupe espérantiste de Verviers ne se porte pas trop mal. Sous la houlette de Messieurs PIRNAY-DEMEZ, PIRON et HERION, il se réunit chaque semaine avec un noyau d’une bonne douzaine de fidèles.

En 1925, grand événement pour le petit monde espérantiste verviétois : le Congrès National de la Ligue espérantiste belge (neutre) est ouvert à Verviers, le samedi de la Pentecôte par un prêtre hongrois catholique et espérantiste : André CSEH (pr. Tchè) ; celui-ci sera l’inventeur d’une méthode directe d’apprentissage de l’espéranto qui deviendra d’un emploi universel chez les professeurs d’espéranto. En 1929, le Groupe espérantiste ouvrier (qui comptait 26 membres en 1926) se sépare pour des raisons d’activités personnelles tandis que le Groupe espérantiste verviétois poursuit ses activités et se réunit chaque semaine à 20 h. sous la houlette de Joseph HERION, bijoutier verviétois bien connu, qui donnait déjà des cours d’espéranto dans les locaux de l’Athénée Royal. 1930 est une année cruciale pour les Rencontres des trois pays frontières : en effet le Parti Ouvrier Belge organise la première manifestation socialiste inter-frontières à Liège. En 1931 cette manifestation a lieu à Aix-La-Chapelle et en août 1933 à Maastricht : en même temps que cette 3ème manifestation socialiste interfrontière se tient à Heerlen la première réunion inter-frontière des espérantistes avec des Allemands, des Hollandais, des Liégeois, des Verviétois (Alphonse VAN HALLEN) et même un Hongrois (MAURICH). A partir de 1933, plus aucune réunion espérantiste ne pourra se tenir en Allemagne. A ce moment, le Groupe espérantiste ouvrier se remet sur pied avec quelques nouveaux espérantistes, dont Madame Raymonde DEMARCHE-FICHET, qui deviendra secrétaire du Groupe espérantiste ouvrier puis du Groupe espérantiste de Verviers. Au début de 1934, le Groupe espérantiste ouvrier organise à Verviers la première véritable Rencontre inter-frontières : plus de 100 espérantistes allemands, hollandais et belges venus pour la plupart à pied ou à vélo et logeant chez des espérantistes verviétois, vont ainsi passer trois jours inoubliables à Verviers, les premiers d’une longue série, croient-ils... Au cours du second semestre de 1934 se tient la 2ème Rencontre inter-frontières des espérantistes à Heerlen : l’Association espérantiste ouvrière de propagande créée à Liège en 1932 par le Docteur Paul DENOEL y expose du matériel d’espéranto, un orchestre et un choeur espérantiste s’y produisent. Puis, deux fois par an, au printemps et à l’automne, vont se tenir ces rassemblements qui regroupent des espérantistes des régions frontières d’Allemagne, de Hollande et de Belgique. Malheureusement survient la guerre de 1939-1945 pendant laquelle toutes les activités des deux groupes espérantistes sont été stoppées net : il est même dangereux de porter l’étoile verte à cinq branches et de conserver des documents ou de la correspondance en espéranto.

Après la guerre, un peu partout dans le monde, les groupes espérantistes se relèvent après avoir pansé leurs plaies et comblé les vides laissés par les disparus (certains sont morts en camps de concentration). C’est ainsi qu’en 1951, le Groupe espérantiste ouvrier et le groupe espérantiste de Verviers fusionnent et prennent le nom officiel d’Esperantista Grupo de Verviers : président Joseph HERION. C’est un groupe neutre et pluraliste, affilié à l’Association Universelle d’Esperanto (U.E.A.), neutre aussi, qui a son siège à Rotterdam. Les réunions du Groupe Espérantiste de Verviers se tiennent régulièrement et les Rencontres inter-frontières ont lieu deux fois par an, alternativement dans un des trois pays frontières. En 1958, le dimanche 14 décembre, le Groupe Espérantiste de Verviers fête son 50ème anniversaire : en même temps a lieu le Congrès national d’espéranto qui est ouvert le samedi soir par Alexis DOHOGNE, bourgmestre de Cornesse depuis 1947 ; le dimanche, les participants, guidés par le président du Groupe Espérantiste de Verviers, Joseph HERION, sont reçus à l’Hôtel de Ville par le bourgmestre, Monsieur HERLA.

Ceci va donner un nouveau coup de fouet au Groupe Espérantiste de Verviers. A l’Athénée Royal de Verviers, le professeur de physique, Monsieur Georges VANBREUSE, passionné d’espéranto depuis 1953, conclut un «marché» avec le préfet : il s’occupera de la construction de bateaux dans le cadre des «activités complémentaires» pour autant qu’il puisse également donner des cours d’espéranto. Il outrepasse d’ailleurs les termes du contrat en donnant des cours de physique en espéranto et même parfois des cours d’espéranto en lieu et place des cours de physique. D’autre part le Sénateur Hubert VANDERMEULEN accepte de devenir président d’honneur du Groupe Espérantiste de Verviers et pose une question au Ministre de l’Education Nationale qui lui répond officiellement en 1963 que l’enseignement de l’espéranto dans les écoles officielles, dans le cadre des «activités complémentaires» n’est pas du tout interdit. C’est ainsi que, grâce à l’accord des préfets successifs de l’Athénée Royal de Verviers, celui-ci a été la première école officielle de Belgique à dispenser un cours d’espéranto agréé par le Ministère de l’Education Nationale. La vie d’un groupe étant assurée par les jeunes, l’enseignement de l’espéranto va apporter un renouveau au Groupe espérantiste verviétois. Grâce à Georges VANBREUSE puis un de ses élèves, José JACOB, beaucoup d’élèves de l’A.R.V. entendront parler espéranto et de l’espéranto. A la mort (en 1974) du président HERION, José JACOB deviendra président du G.E.V. et (en 1977) un autre ancien élève de l’A.R.V., Jean-Marie JACQUES, en deviendra secrétaire après les nombreuses années de service de Madame DEMARCHE. Toussaint DEMARCHE, quant à lui, reste l’inamovible trésorier tandis que Raymond, leur fils, devenu espérantiste comme il se doit, est vice-président du groupe (il en reprendra la trésorerie à la mort de son père, en 1987).

Grâce aux efforts conjugués de tous les membres, le Groupe espérantiste de Verviers continue à oeuvrer pour la promotion de l’espéranto à Verviers et dans le monde (en particulier dans l'Euregio Meuse-Rhin et la région des trois frontières, à La Calamine - "Amikejo" = lieu de l'amitié, pour les espérantistes).